Voilà, je reviens enfin sur le deal qui a conclu la table finale lors du Main Event BETFAIR de Vienne. Alors, ai-je pris une bonne décision ? Financièrement , sportivement ? Voici tous les chiffres à connaitre, voici mon ressenti...
Nous avons donc démarré le tournoi dimanche à midi précises alors que nous ne sommes plus que 19 joueurs. J'ai alors 470 euros assurés. A ce moment là, peu m'importe les différents paliers, je vise 2 objectifs : la table finale, et la première place. Il est 15h04 environ (coverage de Stefal faisant foi) lorsque j'atteins la table finale à 9 joueurs. Après la pause imposée par les poses photographiques, et la coupe de champagne, je reprends place pour le deuxième objectif : la victoire !

Les blinds font leur travail et les joueurs sortent les uns après les autres. Je ne failli absolument pas à ma stratégie. Je boite en SB si tout le monde a foldé avant, et je boite à une autre position si j'ai une main correcte, et je boite sur une relance avec une vraie main. Malgré tout, je vais quand même devoir faire un call mathématique lorsqu'il me reste 500 000 et que je suis de BB. J'ai K9 et double contre AJ... Je vais être payé une seule fois sur mon traditionnel tapis en SB, j'ai 89 et tombe sur 77, c'est inespéré, je remporte le coin flip... Il est finalement 20h20 lorsque nous ne sommes plus que 4 joueurs.
Le prizepool est alors : 1 € 23.300 2 € 12.170 3 € 9.360 4 € 6.545 (et pas 5545 comme on pouvait le lire sur le site autrichien).
Les stacks sont alors : Ardelean Raul 4.620.000 , Brioit Xavier 808.000 , Ireland Matthew 2.133.000 , Kvist Erik 1.581.000.
On nous accorde une pause d'une vingtaine de minutes, et nous reprendrons ensuite aux blinds 80 000/160 000, ante 16 000 pour 45 minutes.
Lors de la pause, je lis le forum Pokeralille afin de prendre des forces. Je suis ému par tant de soutien. Je discute avec Stefal évidemment, mon confident, mon soutien, mon ami durant tout le séjour. A aucun moment, je ne parle de deal. Cela me parait irréaliste, je suis le short et de toute façon je joue pour gagner. J'explique à Stéphane que je vais garder ma stratégie. Je vais reprendre au bouton. J'ai donc 2 spots pour envoyer. Je le ferai avec une main décente, sinon j'aviserai de BB. Je compterai alors précisément et si le call mathématique est justifié alors je le ferai surement.
C'est discipliné et motivé que je remonte sur l'estrade. Le visage fermé, je suis très concentré, je recompte une dernière fois mes jetons alors que tout le monde prend place. Le Tournament director arrive pour lancer le shuffle up et c'est alors que le chip leader lance la phrase "what about a deal ?" ... Je suis surpris. Je demande quel deal il propose, et il m'explique au prorata des jetons.. Etant le short stack de la table, on me dit que c'est à moi de décider en premier. J'aurai préféré être le dernier ! Je demande au directeur de ramener 2 feuilles, l'une avec le prizepool normal , l'autre avec le prizepool réestimé... Il s'absente une dizaine de minutes.. Le temps parait long, il parait arrété.
Puis les nouveaux prix tombent : € 18.678, € 13.023, € 10.902 , € 8.772
On me demande de prendre ma décision. Je recompte une dernière fois mes jetons, je regarde l'écart entre ce que j'aurai si je terminais 4ème sans deal avec mon gain dealé. 2300 euros. Ca fait cher le coin flip. Je décide d'accepter. J'ai à peine fini de dire Ok que tout le monde était d'accord. Le deal est entériné. Le suédois demande alors si on peut terminer la partie pour les trophées, mais le roumain répond sèchement : "je suis inscrit dans le sunday million qui démarre dans 2 heures (le fameux sunday du 21 février), donc soit on deale et on arréte, soit on continue à jouer sans deal jusque bout". On ne proteste pas et tout s'arrete là...
Je l'ai déjà dit mais je le redis quand même, va s'ensuivre d'énormes sentiments contrastés. Tout d'abord, je finis 4ème d'un tournoi international sur 482 joueurs. Ce n'est certes pas un EPT, mais cela reste une belle perf. D'autre part, je prends 8772 euros de gains, ce qui est mon gros score sur un tournoi, donc tout de même de quoi me réjouir et pourtant un truc ne colle pas. Et une semaine plus tard, je peux vous le dire, j'ai toujours le gout d'amertume en bouche.
J'ai tenu à vérifier par moi même si l'ICM correspondait à peu près au deal au prorata des jetons, cela donne ceci :

On remarque donc que mathématiquement parlant, j'étais en droit d'attendre 9423 euros environ. Le deal, sans être aberrant n'était donc pas parfait financièrement.
Mais j'ai envie de dire que peu importe, ce qui frustre le plus aujourd'hui, c'est ce sentiment d'abandon, ce sentiment de ne même pas avoir essayé. Eiffel me demandait comment je me sentait à la table, ce à quoi je peux répondre que je m'y sentais bien, très bien même. A ma gauche, le joueur britannique, le plus faible des quatre, appelé Bozo par quelques supporters. C'est lui qui boite avec A5 avec un tapis énorme, le même qui isole avec 22 alors que tout le monde se ligue contre un joueur, etc... Ensuite se trouve le suédois au style similaire au mien, peu de jeux montrés, beaucoup de boites en SB, et enfin le roumain directement à ma droite qui ne se prive pas d'aggresser mes BB. Clairement le plus fort à cet instant. Je suis certes fatigué mais mon tapis fait encore peur. Ma stratégie, appliquée à la lettre, a fonctionné à merveille jusqu'alors, alors pourquoi pas ? pourquoi ne pas avoir tenté ?
Le manque d'expérience à ces hauteurs a clairement joué. En un tournoi, j'ai donc appris beaucoup sur le deal. Dealer pour réduire les écarts me parait plutôt sain, dealer et ne plus jouer, non. J'ai eu Diams eight de longues minutes au téléphone juste après le deal, le soir même. J'ai vite compris. Bon, il n'était pas obligé de m'allumer sur son blog et encore à la radio, mais bon LOL, je ne lui en veux pas. J'ai compris la leçon. Mais n'étant pas habitué de ces gros tournois, il me fallait passer par là.
Alors, c'est vrai, la plupart pense que c'est un bon deal. Qu'avec mon stack, obtenir le prix de la troisième place, c'était extra, mais je vous assure que si je rejouais la TF maintenant, je n'hésiterai pas un quart de seconde. La réponse serait No Deal.
No Big Deal. If you want to deal, bust me out, comme le dit Annette.
Il faut savoir tirer les leçons de ses erreurs. Ce billet, à défaut d'être intéressant, aura le mérite de m'aider à tourner la page. J'ai ressassé cela toute la semaine et j'ai besoin d'aller de l'avant maintenant. Il me reste encore un article à écrire sur Vienne, un article qui me tient à coeur sur les coulisses du tournoi, sur l'aventure humaine. Parce que si nous jouons au poker, ce n'est pas que pour le jeu ou l'argent, mais bien aussi pour les rencontres et ces belles histoires.
Alors maintenant que vous avez toutes les infos, qu'auriez-vous fait à ma place ?